B.I.M. S01 E05 : Une forêt de couloirs

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Pour échapper ne serait-ce qu’une seconde à son grand œil visiblement perdu dans la contemplation d’une scène que je ne saurais voir, mais dans laquelle, j’en suis certaine, je ne suis pas à mon avantage, je serais prête à faire n’importe quoi.

Derrière moi retentit soudain le vacarme caractéristique d’une porte qui claque si fort qu’elle en tremble dans son chambranle. Je sursaute comme une idiote et jette un regard en arrière.

La mégère acariâtre n’a visiblement pas apprécié que j’oublie de la refermer moi-même prestement.

Lorsque je reporte mon attention sur Gigi, je ne peux m’empêcher d’éprouver une pointe de remords, même si, au fond, je ne suis pas vraiment responsable de sa blessure. Un hématome impressionnant s’étend sur les pourtours de son globe oculaire, m’évoquant la version gore d’un œil au beurre noir, tandis que le blanc de ses yeux… non, de son œil… qui devait, en temps normal, être immaculé, est à présent parcouru de milliers de vaisseaux sanguins écarlates dont la plupart ont éclaté.

Mais le plus impressionnant, je crois, c’est l’espèce de caillot de sang noirâtre de la taille d’une bille qui s’étale près de sa pupille, probablement là où mon doigt l’a percuté.

— Ah. C’est toi… fulmine-t-elle sans me quitter de l’œil.

— Je suis vraiment désolée…

Elle lève une main en l’air pour m’intimer le silence, puis son expression se durcit jusqu’à la rendre terrifiante.

— C’est tout ce que tu as à dire pour ta défense ?

Son regard, pareil à un sinistre avertissement, me dissuade d’essayer de m’asseoir alors que ma jambe me fait toujours mal et que la pièce, quoique petite, tangue toujours sous mes pas. Je suis épuisée et encore hébétée par les récents évènements, aussi je me contente de baisser les yeux et de balbutier quelques excuses supplémentaires :

— Je le suis sincèrement… j’étais dans mon lit… la seconde d’après… j’essayais d’échapper…

Gigi se fige un instant, puis son expression se détend et un sourire chaleureux me coupe dans mes pitoyables explications :

— D’accord. Tu peux t’asseoir.

— Merci.

Je n’ose croiser son regard, même si l’atmosphère pesante semble s’être soudain réchauffée de quelques degrés. Je risque cependant un coup d’œil dans sa direction et suis surprise de trouver sur son visage les traces d’un léger sourire compatissant.

— Oublions ça pour le moment. On va vérifier ensemble quelques informations puis je te donnerai un bon pour ton équipement. Tu auras quelques petites choses à faire et, ensuite, je te présenterai ton titulaire.

En espérant qu’il sera au moins en mesure de ne pas me haïr d’entrée de jeu, je songe avec un certain cynisme.

Après s’être assurée que j’ai bien compris, elle poursuit avec douceur :

— Tu t’appelles Anna, tu as dix-sept ans et tu n’avais encore jamais mis les pieds dans le Q-G.I.M. ?

— Le Q-G.I.M. ?

— Parfait, répond-elle en ignorant superbement ma question. As-tu déjà été voir Scraps ?

— Non, je ne sais pas qui c’est.

— Très bien, fait-elle en griffonnant négligemment sur une feuille avant de me la tendre.

Je m’en saisis, suspicieuse, pour y découvrir des signes étranges et indéchiffrables.

— Il faudra lui donner ça pour obtenir ton badge et ta montre.

Elle gratte machinalement le bout de son stylo avec son ongle avant de se saisir d’une autre feuille sur laquelle elle gribouille rapidement quelques autres glyphes insensés.

— Ça, fait-elle en la glissant vers moi de l’index sans prendre la peine de la décoller de son bureau, c’est ton inscription à l’estime. En sortant de mon bureau, tu commences par aller donner le bon à Scraps, explique-t-elle en détachant presque chaque syllabe comme si j’étais simple d’esprit, et seulement ensuite tu te rends à l’estime pour recevoir ton emploi du temps. Juste après, tu reviens ici et je te présenterai ton titulaire.

Pleine d’un enthousiasme frôlant la folie furieuse, elle trépigne sur son siège, joint ses mains tout en continuant d’agiter ses doigts et me serre un sourire au moins aussi extravagant que sa robe remplie de motifs enfantins.

Sa voix s’est adoucie, et malgré l’état de son œil, il n’y a plus sur son visage la moindre trace de colère.

Visiblement, elle a déjà tout oublié de sa rancœur.

— Tu as des questions ?

— Où est-ce que je peux trouver… (j’hésite un instant) Scraps ? Et… qu’est-ce que l’estime ?

Son grand œil prend l’expression d’un profond étonnement, puis elle répond avec suffisance, visiblement déroutée par ma question :

— À l’armurerie, bien entendu !

De deux choses l’une : soit j’ai manqué un épisode et j’ai oublié quelque chose que je devrais savoir, soit (et c’est le plus probable) elle…

— Ah, oui ! s’esclaffe-t-elle soudainement. À chaque fois j’oublie que vous ne savez pas où vous êtes, désolé ! L’armurerie se trouve juste à côté du bureau de Morne. En fait, c’est la porte d’en face.

J’acquiesce sans grande conviction, perdue dans mes pensées en essayant de refaire mentalement (et à l’envers) le chemin que nous avons emprunté avec Dan pour arriver au C.A.L.I.M.

Un grand vide s’installe dans tout mon être quand je comprends que je n’ai quasiment aucune chance d’arriver à destination. Parce qu’en réalité, ce n’est pas que mon sens de l’orientation est inexistant.

Non.

C’est au-delà de ça.

Je suis persuadée, à chaque instant, de savoir où je me trouve. Sauf qu’à chaque fois je n’y suis pas.

Mais alors, pas du tout.

Le rouge me monte aux joues tandis que j’hésite à lui demander de m’accompagner, et puisqu’elle me regarde maintenant d’un œil agacé, je comprends que c’est normalement à cet instant que je dois sortir de son bureau.

Elle me congédie en silence, mais avec le sourire, par la tension qui remplit l’atmosphère à mesure que son mutisme fait grandir ma gêne. Cette attitude me fait un drôle d’effet, mais je ne saurais pas mettre de mots sur ce que je ressens pour autant.

Je me lève donc, le cœur battant, puis je balbutie un bref merci avant de sortir de son bureau en prenant garde à refermer la porte derrière moi.

Tandis que je me dirige en silence vers la sortie (et malgré le fait que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour faire le moins de bruit possible), je m’attire un regard assassin de la mégère du couloir, qui me dévisage avec une colère presque palpable.

Elle se tient debout, derrière un comptoir ridiculement petit et désespérément vide de tout objet, sans autre distraction pour s’occuper que celle de foudroyer du regard tous ceux qui arpentent ce couloir qui semble ne pas avoir de fin.

Un certain soulagement s’empare de moi tandis que je referme la porte et entreprends tant bien que mal de refaire le chemin à l’envers.

***

Et voilà, j’en étais sûre !

Je fulmine en silence, le cœur battant à grands coups de désespoir dans ma poitrine alors que je passe pour la cinquième fois au moins devant une porte de pierre grossièrement taillée dans un bloc de granit fissuré.

Seule et unique exemplaire comme celui-ci à l’étage où je me trouve, voilà maintenant au moins deux heures que je tourne en rond sans plus trouver la moindre trace de l’escalier par lequel je suis arrivée. J’ai bien essayé de trouver de l’aide, mais chaque fois que je toque à une porte, personne ne me répond. Et lorsque je tente de les ouvrir malgré tout, elles restent désespérément closes.

Je serais bien revenue sur mes pas pour prendre mon courage à deux mains et demander de l’aide à Gigi, mais quand je dis que je suis paumée, c’est que je suis tellement paumée que je ne sais même plus par où je suis arrivée dans cet étage maudit !

Quelle idiote !

Je me promets alors à moi-même que, la prochaine fois, je n’hésiterai pas à demander, quitte à avoir l’air stupide. Parce que je commence à penser qui si les choses ne s’améliorent pas, je vais finir par mourir desséchée dans un coin. On me retrouvera peut-être dans plusieurs années, fossilisée et incrustée sur le sol comme une vieille tache que personne ne saurait identifier.

Je m’appuie sur le mur et me laisse glisser par terre en silence, désemparée, tout en continuant de me morigéner, parce qu’il faut bien l’avouer, même si ce n’est pas très constructif et particulièrement désagréable, ça soulage un peu, et ça évite de trop penser à la suite.

Voilà ce qu’il en coûte de ne pas être foutue de poser une simple question !

J’observe le couloir dans lequel je me trouve en poussant un soupir découragé et arrête mon regard sur les portes noires qui habillent ses murs d’un gris clair presque blanc. Leurs poignées sont toutes les mêmes : rondes avec, au milieu, un simple bouton-poussoir, qu’il est impossible de presser.

Je ne sais même pas comment les déverrouiller !

Puis je reporte mon attention sur la porte de pierre et ne peux retenir un frisson d’effroi : de l’une des innombrables fissures s’écoule une goutte d’un liquide rouge et visqueux. Je ne sais pas ce qui se trouve derrière, mais, de toute évidence, il vaut mieux ne pas se trouver à proximité.

Après m’être assise un peu plus loin, je m’apprête à me prendre la tête dans les mains pour respirer un peu, quand le vacarme d’une porte qui claque me tire de mes sombres pensées. Je me relève d’un bond, le cœur battant, et avance dans sa supposée direction, retrouvant soudainement l’espoir d’obtenir de l’aide.

N’entendant aucun bruit de pas, une vague d’inquiétude me saisit, alors j’accélère l’allure jusqu’à courir (en boîtant) comme si ma vie en dépendait.

Premier virage à droite.

Personne.

Le souffle me manque. La douleur dans ma jambe est telle que je crains de devoir m’étendre sur le sol, pourtant je serre les dents et maintiens mon allure jusqu’à dépasser le deuxième virage à droite.

Toujours personne.

Cent mètres plus loin, nouveau virage à droite.

Rien non plus.

Je ne peux presque plus respirer et suis prise de nouveaux vertiges, à tel point qu’il me faut m’appuyer sur le mur un instant avant de reprendre ma course incertaine.

Lorsque je recommence à claudiquer, la quasi-totalité de mes forces m’a abandonnée. Du moins, jusqu’à ce que je sois contrainte de tourner à nouveau à droite.

Je le sais pour l’avoir déjà fait au moins cinq fois. À la sixième, le résultat est toujours le même : je me retrouve seule et passe à nouveau devant cette foutue porte de pierre… et aucune trace de qui que ce soit !

Je lâche un chapelet d’injures avant d’envoyer un violent coup de talon sur ce bloc de granit qui me fait face et me nargue. Sauf qu’au lieu de percuter une surface dure, il passe au travers. Je bascule en avant et m’écrase face contre terre.

Alors que je m’attendais à ressentir un choc monumental, mon pied a traversé la pierre comme si elle n’avait jamais existé. Je me relève, les cheveux en bataille, et je suis certaine que si je devais croiser quelqu’un, là, maintenant, il lirait probablement sur mon visage le parfait mélange d’une profonde incompréhension et d’un prodigieux agacement.

On me prendrait alors pour la dernière des imbéciles.

Lorsque je me rends compte qu’en face de moi, la porte de pierre a disparu pour laisser place aux escaliers par lesquels je suis arrivée, mon effarement le dispute à la rage. Quelque part au fond de moi naît une idée qui, non contente de m’énerver, me fait froid dans le dos.

Je commence à croire que c’est le bâtiment lui-même qui se fout de ma gueule.

***

— Entrez.

Après une éternité à chercher, à revenir sur mes pas et à tourner en rond, je suis finalement parvenue devant ce foutu bureau. Ce qui m’intrigue le plus, au-delà de la taille démesurée de l’endroit, c’est de n’y avoir croisé personne.

Littéralement.

Je tourne la poignée et me retrouve dans un autre bureau exigu ressemblant à s’y méprendre à la version abandonnée d’un tout petit apothicaire des années vingt. Quatre meubles en bois massif sombre abritent des dizaines de tiroirs et de casiers de part et d’autre de la pièce.

Au milieu trône fièrement un comptoir derrière lequel un petit homme trapu observe avec attention ce qui ressemble à un mortier.

— Bonjour, êtes-vous Scraps ?

— Bonjour ? s’étonne-t-il en fronçant les sourcils.

Un autre silence terrible envahit les lieux tandis qu’il reporte son attention sur moi. Ses yeux, d’un violet vif, s’attardent sur mon poignet, puis un sourire vient fendre son visage buriné et tailladé de plusieurs cicatrices :

— Ah, tu es nouvelle ! Oui, c’est bien moi. Assieds-toi.

Je fais deux pas en avant et m’assois sur le tabouret qu’il me désigne. Tandis que je prends place, je ne peux m’empêcher de souligner la douceur du ton de sa voix et la bienveillance de son attitude.

Rassurée, je risque une question qui me brûle les lèvres :

— Pourquoi avez-vous paru surpris de m’entendre vous dire bonjour ?

Il éclate d’un rire bref :

— Le concept même de journée n’a aucun sens ici, mais j’apprécie la politesse, fait-il avec un clin d’œil.

— Je ne comprends pas.

— Peu sont ceux qui comprennent tout de suite. Gigi a dû te donner un bon, non ?

Je lui tends le bout de papier.

— Je vois, murmure-t-il en passant une main distraite dans sa barbe négligée.

Alors qu’il semble plongé dans une intense réflexion, je me demande pourquoi cet endroit s’appelle l’armurerie alors que, premièrement, il est minuscule, et que, deuxièmement, ça ne ressemble absolument pas à un dépôt d’armes.

Soudain, Scraps descend de son tabouret. Il est si petit que sa tête dépasse à peine le plan de travail.

— Attends-moi là. Je vais chercher ce qu’il te faut.

Puis il contourne le comptoir vers la droite et disparaît soudainement. Seul le bruit de ses pas trahit sa présence, jusqu’à ce qu’une porte grince et claque derrière lui.

Par curiosité, je jette un coup d’œil de l’autre côté et suis presque déçue de découvrir un simple escalier de bois s’enfonçant vers des profondeurs obscures. Il en revient quelques minutes plus tard avec entre les mains un badge de la taille d’une carte de crédit et d’une petite boîte d’un noir si intense qu’elle semble absorber toute lumière.

À tel point qu’il en devient difficile de percevoir sa forme.

— Ça, c’est ton badge, explique-t-il en le glissant sur le comptoir. Tu dois toujours l’avoir avec toi quand tu es ici. C’est une sorte de carte d’identité, et c’est une clé indispensable pour accéder à certains secteurs du Q-G.I.M. Et ça, fait-il en posant délicatement la boîte noire devant lui, c’est ta montre. Tu ne dois jamais l’enlever, déclare-t-il en perdant son sourire. Jamais. C’est très important.

Il l’ouvre délicatement et me tend l’écrin de ténèbres avec précaution. Je ne peux retenir une exclamation feutrée lorsque je découvre le fin cadran de métal argenté. Elle a tout d’une montre classique, si l’on oublie qu’elle possède six aiguilles au lieu de trois, et que huit autres minuscules cadrans munis chacun d’une autre aiguille supplémentaire se disputent son fond en feutrine noire.

L’objet est magnifique, mais semble si complexe et si fragile que j’ose à peine m’en saisir.

— Les trois aiguilles lisses sont celles qui indiquent l’heure dans ton monde. Les trois crantées indiquent l’heure du Q-G.I.M. Ces trois petits cadrans, là, là et là (il pointe du doigt les trois cadrans les plus en bas) te donnent la date de ton monde. Jours, mois, années. Ces trois-là, tout en haut, indiquent la date du Q-G.I.M. de la même façon.

Voyant qu’il semble un instant perdu dans ses pensées, je demande avec intérêt en désignant les deux cadrans de part et d’autre du centre :

— Et ces deux-là ?

— À gauche, c’est le temps que tu passes ici. Il se remet tout seul à zéro chaque fois que tu entres. Tu dois toujours sortir quand l’aiguille se trouve proche du milieu. Rester trop longtemps au Q-G.I.M. peut avoir sur ton corps des effets secondaires… comment dire…

Il semble choisir avec soin les mots qu’il va employer.

— … imprévisibles.

— Du genre ?

— Perte de cheveux, hallucinations, aérophagie…

Finalement, je ressens comme un léger soulagement à l’évocation de ce genre d’effets relativement bénins.

— … naissance de troubles mentaux, dislocation ou combustion spontanée, amnésies, troubles du sommeil…

Vient-il réellement de prononcer les mots « dislocation ou combustion spontanée » ? Et vient-il de les placer sereinement juste à côté de « troubles du sommeil » ?

— … disparition, troubles respiratoires, implosions, agrandissement ou rétrécissement perpétuel d’un ou plusieurs membres, rajeunissement accéléré jusqu’en phase prénatale, vieillissement accéléré jusqu’en phase post-mortem…

Décidant que je ne voulais plus en savoir davantage, je le coupe poliment :

— Ça ira, merci…

— Pas de crainte, tant que tu ne dépasses pas les quatre-vingt-seize HIM, tu ne devrais pas avoir de problème.

— Devrais ?!

— Dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas, c’est une marge plus qu’acceptable. Mais nous sommes tous différents.

— Et dans les cinq autres pour cent ?

— Et bien, il y a le chimère.

Devant mon air interrogateur, il explicite avec le sourire :

— Le Centre Hospitalier de l’Inter-Mondes Rose-Ruby. C.H.I.M.R.R

— Et les HIM ?

— Heures Inter-Mondes.

Décidément, c’est la foire des acronymes !

— Je sais que ça semble obscur pour le moment, mais tu verras, on s’y fait vite.

— Et le dernier cadran ?

Il garde le silence un moment avant de me répondre pensivement :

— Celui-ci, c’est le niveau d’alerte. La couleur du cadran indique la gravité. Noir : rien à signaler. Vert : mineure. Orange : modérée. Rouge : majeure. Violet : cataclysmique…

— Cataclysmique ?

— C’est quasiment le plus haut niveau d’alerte.

— Quasiment ? C’est quoi le plus haut ? Fin du monde ?

Il éclate de rire :

— Pas loin : apocalyptique. Mais ne t’inquiète pas : tu verras ça à l’estime bien assez tôt.

Je me retiens de répéter le mot « estime » parce que ça commence à rendre la conversation très redondante. De toute évidence, il s’agit encore d’un de ces obscurs acronymes. À croire qu’il y en a un (ou plusieurs) qui a passé des jours à les choisir soigneusement, rien que distiller de l’ambiguïté dans les conversations. Cependant, il semble saisir mon interrogation sans que je la formule à voix haute :

— C’est l’École Supérieure du Savoir Technique de l’Inter-Mondes. E.S.S.T.I.M.

Je hoche la tête en silence, commençant soudain à prendre la mesure de la complexité de l’Inter-Mondes, à tel point que je suis prise de vertiges.

Ou bien ce dernier désagrément est-il lié au fait que je me sois rendue ici sans manger, épuisée et toujours blessée...

— Tu dois encore passer au bureau de l’E.S.S.T.I.M. pour ton emploi du temps, non ?

J’opine d’un léger geste d’approbation.

— Alors tu ne devrais pas traîner.

Cette fois, hors de question de me perdre dans les couloirs !

— Pouvez-vous m’accompagner ? Je n’ai aucune idée d’où ça se trouve, et je me suis déjà perdue en venant ici.

Il hausse un sourcil, un air énigmatique remplaçant son expression joviale :

— Pourtant, tu es ici.

Nous nous regardons sans un mot pendant plusieurs secondes avant qu’il n’ajoute en haussant les épaules :

— Je suis désolé, mais je n’ai pas le temps. Plus tôt tu apprendras à connaître cet endroit, plus tôt tu le comprendras. Parfois, pour apprendre à nager, il faut se jeter à l’eau. Et puis, tu peux toujours demander ton chemin, ce ne sont pas les M qui manquent.

Ma colère et mon agacement doivent transpirer de chacun des pores de ma peau, parce qu’il s’empresse d’ajouter, un sourire aux lèvres :

— Agents de l’Inter-Mondes. A.I.M.

— Sauf qu’en venant je n’ai croisé personne ! j’explose en désignant la porte close, derrière moi.

— Personne, tu dis ?

Il marque une pause avant de reprendre, songeur :

— Intéressant…

Tenaillée par l’espoir qu’il finisse par m’accompagner, je me garde de répondre et attends patiemment qu’il quitte le refuge tumultueux de ses pensées.

— Tu es censée découvrir par toi-même comment ça marche ici. Malheureusement, je ne peux pas déroger au règlement.

— Mais…

Un voile glacé tombe sur ses grands yeux violets et m’ôte toute velléité de protestation. Il garde le silence un instant avant de me congédier sur un ton qui ne souffre aucune réponse :

— À plus tard.

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Par Jordan Breton le 28/03/2020

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Jordan Breton

Bonjour, je suis Jordan

Il y a longtemps, j’ai ouvert les portes du monde littéraire grâce au premier tome d’Harry Potter. Mais si l’œuvre de J.K. Rowling m’a vu grandir, c’est en découvrant Pierre Bottero et Erik L’Homme que m’est venue l’envie d’écrire...

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