Une bouteille à la mer

Comme une bouteille à la mer, je m’apprête à une longue traversée,

Sur un petit bateau de fer, contre vents et marées.

Comme une bouteille à la mer, j’espère atteindre une plage,

Pour trouver un peu d’aide et un nouveau rivage.

Elle vogue sur les eaux sombres, la petite embarcation,

Transportant à son bord une trop grande cargaison.

Famélique, un peu rouillée, elle a vu nombre de saisons,

Silencieuse comme une ombre, un agent en mission.

Entassé sur le pont, dans de piètres emballages,

J’attends qu’aboutisse notre périlleux voyage.

La peur au ventre je redoute un terrible naufrage,

Car je le sais pertinemment : je ne peux continuer à la nage.

Il vogue sur les eaux sombres, le sombre navire,

Ballotté par la houle, dans la brume et le vent,

Il brave la tempête avec courage et se bat vaillamment,

Mais les éléments se déchaînent et soudain il chavire.

Comme une bouteille à la mer, je passe par-dessus le bastingage,

Dans un cri de désespoir je me demande si je serais secouru.

Comme une bouteille à la mer, je porte un message,

Je suis un appel au secours, lancé vers l’inconnu.

Pourquoi en suis-je là ? Vous osez me le demander !

J’aimerais vous répondre, mais je n’en sais rien.

J’ai été emporté malgré moi dans un tourbillon insensé,

Qui m’a mené dans cette eau glacée, à la croisée des chemins.

Comme une bouteille à la mer, je dérive dans l’océan,

Je croise aussi du plastique, emporté par le courant.

Comme une bouteille à la mer, je défie les vagues impétueuses,

Je ne suis qu’un déchet de plus dans ces eaux belliqueuses.

Au petit matin j’échoue sur une plage de sable blanc,

Le soleil est radieux et mon voyage touche à sa fin.

Sur ces terres bénies, ce pays de richesses étincelant,

Je suis allongé sur la grève, en dormeur clandestin.

Il est presque midi quand un cri déchire le ciel,

Et voici donc qu’elle accourt, cette aide providentielle.

On se précipite et me secoue, mais il est déjà trop tard,

Je n’étais qu’un enfant de plus, un migrant sans histoire.

C’est pourtant dans ces contrées que fini notre pétrole,

Source de conflits et convoité par d’immondes barbares.

Je suis mort aux portes d’un pays des droits de l’homme qui s’étiole,

Aux pieds d’un peuple qui dort et manque à tous ses devoirs.

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